De la servitude volontaire (essai)

De la servitude littéraire ou contr’un, d’Etienne de La Boétie, 1576

Comment s’affranchir ?

La Boétie y réfléchit à tâtons. Il tente d’établir les conditions de la liberté dans une monarchie. 

Pour être libre, il faut rendre possible le bonheur, ne se soumettre ni à un maître, ni à plusieurs. 

Le jeune auteur met à jour l’absurdité de la domination d’un seul, qui ne tient que tant que ses membres acceptent une souffrance qu’il attribue à la peur de se révolter : « ils aiment mieux le souffrir que lui contredire ». Selon lui, la tyrannie repose sur du vent, car le maître est un être comme les autres. La Boétie s’agace, exprime sa colère car le malheur viendrait seulement de la faiblesse humaine qui fait que tout le monde obéit… ce qui entraîne avec le temps et l’usure du pouvoir une servitude, une forme certaine d’esclavage. Et la violence d’un seul homme est paradoxalement plus grande que celle d’une armée. L’unicité du pouvoir en induit la concentration : plus il est concentré, plus il est dangereux.

La Boétie tente de comprendre comment meurt la liberté et raisonne « à tâtons ». Il cherche des exemples tirés de la culture antique des humanistes de la Renaissance, notamment ceux des guerres médiques de l’archonte d’Athènes Miltiade contre les Perses au VIème siècle avant Jésus-Christ. Puis plus tard, le sauvetage de la flotte grecque par Léonidas qui les retient au défilé des Thermopyles. Il évoque également la bataille de Marathon en 490 avant Jésus-Christ… Les Grecs, en petit nombre, ont eu « du cœur » et ont vaincu l’ennemi malgré sa supériorité numérique. Il constate alors l’universalité de la guerre, la banalité du mal. Les peuples se laissent eux-mêmes systématiquement «gourmander » (dévorer).

Le plus drôle est que l’auteur feint de s’en étonner car pour lui la solution serait d’une évidente simplicité, sans dépense aucune. Il suffirait « de bête revenir homme » pour recouvrer un « droit naturel ». Mais il concède de façon vraiment provocatrice que ce serait trop facile : les peuples préfèrent se compliquer la vie. Il interroge alors la pulsion autodestructrice de l’homme qui agirait d’instinct en esclave, mourant en plein combat sanguinaire. Pour démontrer cela, il recourt à deux exemples analogiques déconcertants pour le lecteur lettré du XVIème siècle car ils ne renvoient à aucune érudition, mais plutôt au bon sens. Premier exemple : un feu de bois que l’on n’attise pas finit par s’éteindre de lui-même. Et pourtant… « Les tirans plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, plus ils se fortifient ».  Le second exemple est du même ordre : une racine sans sève ne fructifie pas : « la branche devient sèche et morte ». A l’issue de l’analyse de ces deux exemples, la conclusion est sans appel. Sans la liberté, « tous les maux viennent à la file ».

Suit alors l’extrait le plus célèbre de l’oeuvre, un discours pamphlétaire adressé au peuple. Pour dénoncer la bêtise généralisée, en utilisant la forme littéraire de l’éreintement. Il en ressort cette proposition à valeur générale : « soiés résolus de ne servir plus, et vous voilà libre ». Devant la désarmante simplicité de ces propos, La Boétie s’excuse, se juge fou, feint l’autocritique. Il relance à ce moment la quête impossible d’une méthode pour libérer le peuple de façon ludique et faussement régressive : « Cherchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s’est ainsi si avant enracinée cette opiniâtre volonté de servir, qu’il semble maintenant que l’amour même de la liberté ne soit pas si naturelle ».  En réalité, l’auteur mime une prise de conscience, fraîche et spontanée : l’amour de la liberté serait le fruit d’un apprentissage, puisqu’il ne serait pas inné (naturel). Cet écrit commence donc à demi-mot à avouer sa portée didactique. Son objectif : une éducation à la liberté, à partir d’une réflexion d’une grande évidence libératrice. Mais concrètement bien difficile à acquérir… un peu comme le fait que l’apparence de naturel est souvent le fruit du travail, de l’artifice.

Comment faire pour rester libre ?

Naturellement, l’homme obéit aux parents, à la raison et à la liberté. Ceci est vrai pour tous, il affirme l’unité de la condition humaine qui conduit… à la liberté ? Nous habitons la même terre, nous nous ressemblons tous physiquement car nous sommes « figurés à mesme patron », nous communiquons tous par la voix et la parole : « nous sommes tous compagnons ».  Puis il brise cette belle observation car les hommes s’esclavagisent et s’injurient… pour une raison bien étonnante… celle d’être nés non seulement avec la liberté mais aussi « avec affection de la défendre ».

La liberté est un bien précieux mais fragile…

Les animaux, eux, sont naturellement libres, car ils ne supportent pas la captivité qui les fait mourir. Ils se défendent ostensiblement quand on les chasse. Ce « mal de sujétion » est acceptable selon lui chez les animaux, mais non chez les hommes.

Tout pouvoir, qu’il soit politique, militaire, ou acquis par héritage, dérive vers l’asservissement : « les semences de bien que la nature met en nous sont si menues et glissantes qu’elles ne peuvent endurer le moindre heurt de la nourriture contraire : elles ne s’entretiennent pas si aisément ; comme elles s’abatardissent, se fondent, et viennent à rien ne plus ne moins que les arbres fruitiers…. Les herbes ont chacune leur propriété, leur naturel et singularité ; mais toutefois le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier, y ajoutent ou diminuent beaucoup de leur vertu : la plante qu’on a vue en un endroit, on est ailleurs empêché de la reconnaître ».

La Boétie nous brosse alors un portrait plus nuancé de la liberté, idée difficile à discerner dans la vraie vie, comme si l’objet de son discours se dérobait. Il interroge l’exemple de la République de Venise, où règne Licurgue « le policeur de Sparte ». Sur une terre dite de liberté, les hommes deviennent « des chiens courant au plat et au lièvre bien qu’ils soient frères ». La Boétie analyse finement différents exemples historiques pour constater des actes de barbaries suivis de repentances, d’incommunicabilité, de conjurations.

L’auteur s’étourdit lui-même, remet en cause ses propres analyses et perd le fil de son discours : «  à quel propos tout ceci ? » Cette tourmente personnelle le fait évoluer. Sa colère initiale contre le peuple trop obéissant est passée : « je suis d’avis qu’on ait pitié de ceux… ou bien que on les excuse, ou bien qu’on leur pardonne » L’homme est parfois aveuglé par une idée qu’il n’a jamais vue : « si n’aians vu seulement l’ombre de la liberté ».

Les hommes sont-ils capables d’être libres ?

Il rassemble ses esprits, récapitule son raisonnement : « la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ». Constate que certains hommes font exception, de façon certainement autoréférentielle : « un mieux né que les autres qui sente le pois du joug et ne se peut tenir de le secouer ».  Ulysse, lui aussi, recherchait sa demeure naturelle.

Quelles sont les qualités de ces êtres refusant la servitude ? Ne pas se contenter de privilèges, de naïveté, de « regarder ce qui est devant [son] pied ». Il faut développer un « entendement net », un « esprit clairvoyant » grâce à l’étude et au savoir. Même quand toute liberté a disparu dans une société, elle peut encore se savourer en imagination, par les livres et par le partage des idées. Cette affaire est extrêmement sérieuse. Même Momos le dieu moqueur s’est abstenu de se moquer de l’homme auquel il manque « une petite fenêtre au cœur, afin que par la on peut voir ses pensées ».

La Boétie prend ensuite la défense de Cicéron qui oeuvra grâce à ses discours à la conquête de la liberté à Rome, mise en œuvre par Brutus et Cassius, assassinant César. Les autres conjurations romaines n’ont pas fait disparaître la tyrannie : « suis content qu’ils aient montré par leur exemple qu’il ne faut pas abuser du saint nom de liberté, pour faire mauvaise entreprise ». Bien sûr, invoquer la liberté ne suffit pas à la faire régner pour de bon. Le lecteur est donc indirectement invité à remettre en cause sa propre idée de la liberté quand il la croit acquise. Ceci minimise aussi la portée satirique des passages ridiculisant les esclaves… dans la mesure où tant de gens semblent finalement l’être, selon des modalités infiniment variées. L’art de faire croire aux hommes qu’ils sont libres est d’un raffinement extrême, une illusion certaine.

En fin de compte, La Boétie reconsidère ses arguments de départ. « La première raison pourquoi les hommes servent volontiers, est pour ce qu’ils naissent serfs et sont nourris tels ». La coutume est donc naturelle, la servitude également. Comme le dit Hippocrate, médecin grec au siècle de Périclès, les gens deviennent lâches. Perdre la liberté, c’est perdre la vaillance, la vitalité, la santé. L’historien grec Xenophon avait déjà souligné le malaise et la peur ressentis par les tyrans, très communicatifs !

Le contre-poison, c’est l’amitié universelle qui affranchit. La Boétie justifie l’omniprésence de la tyrannie par un élan naturel dû à la faiblesse humaine, laissant le mouvement de l’amitié se corrompre en sujétion. Comment la nécessité naturelle de l’amitié peut-elle dégénérer ? Diverses techniques de manipulation des autres et de soi-même dévoient la nature.

Hakuma (pièce de théâtre)

Interview d’Augustin Tabo, auteur de la pièce de théâtre Hakuma, une comédie burlesque pour un procès inique.

La pièce de théâtre

NB : Le mouvement Law and Literature montre que les textes littéraires sont le terreau favorable à une réflexion juridique contemporaine.

« Tout pouvoir sans contrôle rend fou ». Cette épigraphe extraite des Propos de politique du philosophe Alain en 1934 ouvre la pièce de théâtre épique Hakuma d’Augustin Tabo. Le titre signifie « l’État ». Pièce aux personnages uniquement masculins, elle offre le spectacle d’un procès musclé, intenté par le gouvernement de Kaskanaï contre les dirigeants des syndicats, accusés d’avoir fomenté une manifestation publique pacifiste.

Cette pièce de théâtre est un huis clos. Dans le palais de justice, des hommes de droit et de pouvoir sont au travail, rompus aux jeux de cache-cache avec les mots. Le politique, c’est la guerre plus ou moins sans les armes. Le président « démoncrate » et ses sbires souffrent d’un mal : le déni de réalité. Et ils croient agir au nom d’une démocratie en marche, qui nécessite quelques sacrifices, quelques petits arrangements avec l’ignorance, la misère et la mort. La dialectique entre les deux camps est explosive, révolte contre manipulation.

La mise en scène de ce texte nécessite bien sûr de montrer la charge caricaturale d’une farce historique qui fait penser à La résistible ascension d’Arturo Ui, pièce écrite par Brecht en 1941, dénonçant les responsables du maintien au pouvoir du  chancelier Hitler.

Hakuma, pièce écrite en 2013. Les noms des personnages évoquent un contexte africain : le truculent Commissaire Kaskiss tente, comme il peut, de réprimer des manifestations. Sans parvenir à contenir les différentes instances représentatives qui le minent toutes au nom de l’Etat de droit : Robert Masra, président du Collectif des Associations de la Société Civile et des Droits de l’Homme, Yir Nguero, secrétaire général de l’Union des Travailleurs, Akoi Brahim, secrétaire des Ouvriers des Champs Pétroliers, Kasser Kissar, président du Regroupement des Paysans et Eleveurs et enfin Michael Mouaromba, président des étudiants Kaskanaïens. Toute ressemblance avec des personnages réels serait-elle fortuite ? L’auteur fut lui-même président de l’Union Nationale des Étudiants Tchadiens à Ndjamena.

A la veille des élections présidentielles au Tchad, prévues le 10 avril 2016, ce texte prend un écho particulier. Dans la comédie, Maître Boukar interprète les manifestations comme une conspiration visant au putsch, requérant la peine de mort, au nom de valeurs très vagues, et de la stabilité de l’Etat de droit. La plaidoierie de maître Djasra se réfère aux articles de loi accordant le droit de recours à la grève et aux manifestations pacifiques : « votre Honneur, à quoi cela nous sert-il de nous agripper à cette tradition hostile à toute évolution, teintée de nostalgie aberrante, et assise sur des coutumes égoïstes, tribales, fétichistes, rétrogrades et affairistes ? »

Augustin Tabo

Lors de votre passage censuré dans une émission littéraire sur une chaîne télévisée tchadienne, vous affirmez que vous écrivez par nécessité, par passion, pour transmettre et partager. A présent, à la veille des élections présidentielles au Tchad, certains médias dénoncent un grand nombre d’actes répressifs contre la société civile. Il apparaît également que le gouvernement français ne souhaiterait pas une destabilisation du pouvoir en place, si l’on en croit la divulgation récente de documents officiels classés secret défense, en circulation sur les réseaux sociaux. Mais les faux profils et les faux documents pullulent en période préélectorale. La farce est bien réelle, la réalité dépasserait-elle votre fiction ?

J’ai écrit cette pièce pour transmettre, de façon satirique, l’idée suivante : vivre sans exister, ce n’est pas vivre. Aucune personne ne doit ni se taire, ni se cacher, ni se sous-estimer. Sinon, les autres vont l’étouffer. La société civile est un contre-pouvoir nécessaire en démocratie. Sans le soutien d’un peuple, pas de Président de la République. Les citoyens doivent se faire entendre, et non pas lyncher, torturer ou bâillonner, quand ils émettent des revendications. Le droit de grève et de manifestation est inscrit dans la Constitution. Mais quand le pouvoir est répressif, sa chute est violente. Regardez ce qui est arrivé à Bokassa, Kampaoré ou Mobutu.

Dans le cadre de votre métier de chercheur, vous modélisez à l’aide de formules mathématiques l’incertitude des comportements humains, dans le domaine de l’économie de la santé. Pourriez-vous, à tout hasard, prévoir l’issue de la campagne présidentielle de 2016 au Tchad, menée de façon partiale par un Président  qui refuse le dialogue ?

Le hasard n’existe pas, c’est le nom que l’on donne aux lois que l’on ignore, à l’impossibilité de prévoir avec certitude. Ce qui est certain, c’est que le Président Déby ne se maintiendra au pouvoir qu’entouré et soutenu. Dans la pièce Hakuma, j’ai présenté des personnages fantasques, délirants et corrompus. Leurs belles paroles ne suffisent pas pour construire un État de droit. Les actions doivent être désintéressées, et le pouvoir partagé.

Augustin Tabo est enseignant-chercheur à l’Université Paris-Descartes. Il a été consultant « Culture de la paix et résolution non-violente des conflits » au BIP de Genève (ONU), en représentation dans de nombreux pays (Suisse, Hollande, Etats-Unis, Corée du sud, Egypte…). 

Complément d’enquête : les procès en fiction

Littérature :

–       Poetic justice, de Martha Nussbaum, 1996 (à feuilleter en anglais)

–       Corpus delicti, un procès, de Julie Zeh, 2010 (roman allemand)

–       Le maître du jeu, 1996, La loi du plus fort, de John Grisham, 1998 (romans judiciaires américains)

–       Les sorcières de Salem, d’Arthur Miller, 1953 (metteur en scène : J.Bougault)

–       L’étranger, 1942, Albert Camus (roman français)

–       Le procès, Franz Kafka, 1925 (lecture en dix épisodes, émission « Fictions », France Culture)

–       Faust, Goethe, 1832 (pièce de théâtre allemande)

–       La loi qui tue, Camille Delaville, 1875(édition originale numérisée, Gallica)

–       Crime et châtiment, Fiodor Dostoievski, 1866 (traduction intégrale du roman russe)

–       Les Misérables, Victor Hugo, 1862 (édition originale numérisée, Gallica)

–       La comédie humaine, Honoré de Balzac, 1842 (Le médecin de campagneSplendeur et misère des courtisanes)

–       La folle journée ou le mariage de Figaro, Beaumarchais,1778 (metteur en scène : G. Rouvière)

–       Henry IV, William Shakespeare, 1596-1598(director : Adrian Woodward, Globe Theater)

–       Antigone, Sophocleenviron 440 avant J.C. (metteur en scène : J. Liermier)

Films : 

–       La défense Lincoln, Brad Furman, 2011 (adaptation américaine du roman de Michael Conelly) 

–       Toutes nos envies, Philippe Lioret, 2011 (téléfilm français)

–       Bamako, Abderrahmane Sissoko, 2006 (film franco-américano-malien)

–       Erin Brochovichseule contre tous, Steven Soderbergh, 2000 (film américain, d’après l’affaire Erin Brochovich)

–       Le mystère von Bülow, Barbet Schroeder 1990 (film américain, d’après l’affaire von Bülow)

–       Le procès, Orson Welles, 1962 ( film germano-franco-italien, d’après le roman de Franz Kafka)

–       Douze hommes en colère, Sidney Lumet, 1957 (film américain)

–       Rashomon, Akira Kurusawa, 1950 (film japonais)

 Séries : 

–       Main courante, saison 1, 2012 (série télévisée française)

–       The good wife, à partir de 2009 (série télévisée américaine)

–       Engrenages, saison 1 à 5, à partir de 2005 (série télévisée française)

–       Boston Justice (Boston Legal), à partir de 2004 (série télévisée américaine)

–       Ally mcBeal, à partir de 1997 (série télévisée américaine)

Cowboy light (roman)

Roman

Critique littéraire

Cowboy Light, Frédéric Arnoux, Buchet-Chastel, 2017.

Un petit vendeur de shit endetté, rêveur et fêtard, raconte son quotidien dans les quartiers du Besançon des années 1980. Tout commence par une soirée glauque à la fin de ses trois semaines d’intérim à côté de l’usine Lip. 

Il vit encore chez la Ginou, sa mère adoptive au chômage. Une vie kitsch en version cradingue, avec les potes. Il aime ça, il cultive l’humour et le mauvais goût. Ses fulgurances cyniques ont une légère tendance à devenir obsessionnelles, surtout en fin de soirée. 

Sensible, curieux et drôle, il se lance dans une quête : sa mère, qu’il n’a jamais connue. Avec des accès de violence gratuite qui font monter la pression. Les figures maternelles suscitent sa colère, jusqu’à ce qu’il décide de devenir gigolo. Cette idée lui est venue après avoir ressenti une attirance pour Ninon,  belle femme mûre, bourgeoise cocaïnée mais lucide, croisée lors d’une virée nocturne en Suisse, à bord d’une voiture volée. Il tombera bêtement amoureux, ce qui fera de lui un conquérant dérisoire et dangereux. Pourtant, il reste fidèle en amitié et revient toujours au bercail familial.

Période de chômage d’un gars qui s’accroche vraiment. Rien n’empêche toutefois la descente aux enfers avec un imaginaire précaire. Blagues crasseuses et de ressassements, de récits de rêves et d’hallucinations maternelles. Cowboy Light, roman héroï-comique et touchant sur l’illusion sociale. Les rêves de grandeur et de fric, barrés par tant d’obstacles ne seraient que vanité et folie. C’est peut-être tout simplement ça, la vie. 

Ni son milieu, ni l’école ne lui ont laissé aucune chance. Le lecteur rit malgré le manque d’horizon des personnages. Un univers réaliste plein d’embrouilles et de trafics… En tout cas, la Ginou, sa mère adoptive, l’a bien houspillé, ses créanciers l’ont bien traqué, histoire de le faire entrer dans le rang.

Mais rien à faire, il se pense en héros et le Don Quichotte de la drague et du shit se fracasse. Belle plongée réaliste en zone précaire, touchée par les premières délocalisations des années fric. Tendresse hardcore.