LA RÉPONSE EST ROUGE

NOUVELLE

– Tu crois qu’elle est morte ?

– Ne dis pas de bêtises.

La main chaude du Serbe entraîne Emily vers le rond-point de l’allée des peupliers, loin du banc qu’elle lui montre en vain. Goran presse le pas pour dépasser la maison d’arrêt. Grand corps dans un blouson kaki. Il ne regarde plus trop autour de lui depuis des plombes. Mal réveillé, après une nuit devant des vidéos saignantes qui font le tour de la planète. Son mental en porcelaine fêlée laisse plein d’images grésiller. Sur la route, la bouche de la petite lâche quelque chose comme des ondes sonores. Ces vibrations de l’air chatouillent le tympan de l’oreille droite de Goran, celle qui lui reste. Les mots n’ont pas encore de sens à cinq heures du matin. 

Le jour se lève le long de la voie ferrée. Goran et sa fille Emily passent devant les façades des grands ensembles, trois grues grises dépassent. Coulisses d’un décor et réalité. Être est ne pas être. Emily a vu quelque chose tout à l’heure. Un cadavre, elle en est maintenant certaine et n’arrive plus à parler. Elle se signe, marche le regard en arrière. Rajuste sa veste de velours, il fait si froid. Pas à pas, une heure durant, Goran et Emily avancent, l’un accroché à l’autre. Sensation de contact, chacun dans sa bulle glacée.

Le père et la fille entrent dans la ville de Juvisy, vers les baraquements du campement rom, près du taillis au bord de l’autoroute. Après avoir franchi un tas de boue incrusté de touffes de cheveux noirs et de lanières de peaux ensanglantées, mélangés à des emballages alimentaires verts. Goran entre sans frapper dans la cabane bleue d’Asma. Elle doit rester au chaud avec Emily aujourd’hui. Interdiction de sortir, il lui rapportera un biftn ce soir. Le TGV de 8 h 18 passe, c’est le moment de lever les bras pour maintenir le plafond fait de panneaux publicitaires et de lino. Emily se met sur la pointe des pieds et se cogne contre le brasero central en surchauffe. Une cloque apparaît, pas grave. Souffle éclatant d’un bisou, câlins. La douleur, c’est pas viable. Une bougie blanche illumine les murs recouverts de tentures satinées. Asma porte une robe de dentelle noire et bleu azur. Une femme transparente avec des trous.

D’un coup, Goran pousse la petite sur le canapé-lit. Des picotements insoutenables lui parcourent le bras gauche. Ça lui arrive souvent depuis qu’il a dézingué sec. Inspiration, expiration, pour calmer le jeu nerveux. Ses veines se dilatent, le sang circule mieux. Il commence alors à se réveiller vraiment. Il pense à Tifène, toujours écrouée. Mais jusqu’à quand ? Il faudra aller la chercher un de ces jours. Et aussi, la question si bizarre d’Emily, elle lui revient  à l’esprit :

– Tu crois qu’elle est morte ?

 Il veut se souvenir. Ses yeux se ferment dans la chaleur bienfaisante, auprès d’Asma. L’image que lui montrait Emily devient plus nette. Cette femme était-elle bien en chair ? Ou enceinte ? Comme maman ? Il a peur de demander des précisions à sa fille, et peur de lui-même. En vrai, il a tout vu. Un cadavre de femme morte de froid sur un banc. Son bras gauche se dérobe, trop d’effervescence dans le sang maintenant. Les sentiments empruntent la route du système nerveux. Le regret ou la honte crispent ses doigts dégelés. Il avale son café bouilli. Le TGV est parti loin, le silence revient, plus intense. Emily attrape le bâton pour repousser un rat avide de sa brioche.

– Bon, les filles, j’y vais, vivement que je signe le bail de l’appartement !

Bisous, câlins et rires tristes. La bonne blague. Sans y prendre garde, Goran claque la porte et Emily doit reclouer les charnières faites de semelles en caoutchouc. Elle découpe des cartes bancaires en rond, et obtient des joints étanches. Elle alterne avec soin les couleurs bleues des Visa Card et dorées des Master Card International. La petite aime les brioches et les couleurs clinquantes.

En réparant la porte, elle regarde son père s’éloigner du campement. Goran cligne des yeux à cause du vent, descend jusqu’à l’arrêt du bus. Une fois qu’il s’est affalé sur la banquette arrière, le son de la voix de sa fille racle à nouveau son oreille : « Tu crois qu’elle est morte ? » Comme Emily, Goran refuse d’avoir vu ce qu’il a vu. Impossible qu’une femme seule s’éteigne devant une prison. C’était sûrement un homme. Inutile d’y penser. Réfléchir, c’est quitter le présent, disparaître un peu, entrer en soi, fuir vers avant, vers après, vers nulle part. Basta.

Ne plus entendre cette petite voix. Oublier. Il n’a rien vu devant la grille de Fleury. Il est mal assis, très mal même. Il monte le son de ses écouteurs. Goran se rappelle qu’il est en sursis, comme tout le monde. Il vit en planque, dans un taudis, avec sa fille qui aimerait le suivre partout. Mais il veut agir. Il a accepté ce travail de réinsertion. L’indifférence, non merci. C’est le plus bas degré de la liberté. 

Il se dirige vers la lucarne éclairée du centre culturel pour mettre des invitations sous pli. Goran ne pense plus. Goran ressent des choses pas claires. Travailler avec des gadjés, pour quoi faire ? Leur parler, ça lui met la bouche de travers, comme si un colt s’était coincé dedans, du canon au percuteur. Un sale goût métallique. Rien à voir avec la chaleur des seins d’Asma, avec les odeurs des femmes. Fini le parfum de Tifène, incarcérée depuis les trois ans de la petite, jusqu’àquand ? Il a oublié ce qu’ils se sont dits lors du dernier parloir. Vingt minutes, ça passe trop vite. Et Emily qui ne peut toujours pas voir sa mère. Interdit par la loi. La loi du sang répandu. Pas la loi du sang qui coule et se coince dans les entrailles. « Tu crois qu’elle est morte ? »

Goran a commencé sa journée de travail près de République, au nord de Paris. Il prépare les invitations et les enveloppes pour un vernissage. Même s’il n’aime pas les grandes peintures bariolées façon Marilyn africaine, exposées dans une galerie sans rats. C’est de l’art, selon les fines dames pâles  habillées de chiffons qui prennent des clichés avec le plus grand sérieux. Goran doit ensuite aller déposer une invitation en main propre chez Dorov, gérant d’une boutique de luminaires dans la rue des Saints-Pères. Une fois entré, il  attend que quelqu’un vienne en observant le décor luxueux. Il se sent comme dans une pièce du jeu vidéo les Sim’s. Immersion totale. Tout est propre, épuré, aucun prix affiché. Son rêve serait d’acquérir la lampe appelée « Grande élévation », une pièce unique, sorte de mini-spoutnik multicolore des années 1970. La gérante arrive, elle fait une tête de plus que Goran. Son visage a un air agressif, d’une laideur grise malgré son joli pull rouge,  lequel ne compense ni la méchanceté du regard ni la sauvagerie des babines. Visage en  forme de poire, nez pointu, perruque courte aux cheveux immobiles. En un éclair, il a peur. Il revoit mentalement le sosie de la folle, l’actrice de Gone baby gone, le film qu’il a regardé la veille dans son trou. Elle avait exactement la même tête, était filmée selon le même angle de vue. Par en-dessous, dominant sa victime qu’elle s’apprêtait à trucider, un couteau  de cuisine à la main. L’air chaud chasse de son esprit la surimpression cauchemardesque. Goran ne sait pas pourquoi, mais cela lui arrive de plus en plus souvent

De retour au centre culturel, vaincu par la fatigue, il s’assied devant l’ordinateur. Regarde une vidéo qui tourne sur Facebook. Une  petite fille apprend à se servir d’un lance-roquettes dans un camp d’entraînement, une autre un peu plus grande se fait surprendre en plein maniement d’une Kalachnikov. Elle ne parvient pas à la maîtriser, tressaute, l’arme prend le contrôle et la fait tournoyer. Ses camarades alentour sont tous blessés dans l’action. Hurlements de rire de Goran qui montre la vidéo à Matteo et Kevin, ses employeurs.  Terrorisés, ils lui donnent son congé dès la fin de la journée. Motif officiel : Goran le Serbe travaille lentement, a des trous de mémoire, fait trop de pauses. Encore un irrécupérable. Ils lui paient ses soixante euros et le dégagent. Goran quitte Paris par la ligne C du RER, soulagé.

« Tu crois qu’elle est morte ? » Il s’habitue à la voix dans sa tête, mais se sent de plus en plus opaque. A Juvisy, il prend le bus pour passer chercher la petite chez Asma. Sa conscience crache sans contrôle possible la question. Toujours la même et jamais une autre. Il comprend qu’Emily a vu une femme seule, inerte, devant la maison d’arrêt. Et alors ? Il l’a vu, en fait, le ventre rond de la femme en boule sur le banc. Bien enceinte, comme Tifène. Le trajet retour lui semble instantané. Il se sent téléporté. Il le fait sans le faire, le temps est suspendu. Il passe la soirée au calme avec Emily et Asma. 

La petite a décrit en détail à Asma, sa deuxième mère, la scène matinale de la  femme gonflée, pleine de terre et de sang, morte écroulée sur le banc de l’allée des peupliers. Asma a compris que Goran déjante. Il a dû rater le rendez-vous. Oublier la date de la libération de sa femme. Il a ramené de la gare une paire de Ray Ban pour Asma, négociée à vingt euros. Bisous, câlins, rires tendres. Asma est soufflée mais ravale sa douleur pour que la petite, sa fille désormais, ne se doute de rien. 

Goran s’est endormi dans la cabane bleue. « Tu crois qu’elle est morte ? Tu crois qu’elle est morte ? » Dans son rêve, la voix repasse en boucle, de plus en plus souvent, comme des contractions avant un accouchement. Asma prépare le repas. Elle blanchit un chou et coupe la viande de bœuf en dés. Son téléphone clignote dans la pénombre,  le cousin Tarek les convie par SMS à une cérémonie. Tarek n’est qu’une silhouette déficiente, vingt-huit ans, soumis à Goran. Il traîne invariablement autour de la prison vers les six heures du matin, pour se dégourdir les jambes après le café. Ce matin, il a trouvé le corps de Tifène dont l’âme est auprès des anges. Tarek a entendu une voix divine, celle qui l’apaise tous les jours. Cette voix lui a ordonné de prendre sa camionnette pour ramener incognito chez lui, dans sa caravane de Reed Castle, le corps encore tout raide.

 Changement de programme pour la famille, Asma place la viande dans une marinade parfumée et réserve le chou blanchi, enfermé dans une marmite en fer blanc. Elle  prévient ensuite Goran et Emily qu’il faut aller chez Tarek, juste àcôté, dans la ville de Morsang.  Elle n’explique pas pourquoi, mais il faut y aller. La vraie vie, c’est maintenant, il faut en être, respecter les rites sacrés. Rester attachés, à la vie à la mort. Goran s’étire, se lève et suit les filles sur la route boueuse. Puis goudronnée. Après trente bonnes minutes de marche, les maisons ressemblent de plus en plus à des rectangles, Emily sonne à la grille d’entrée qui mène à Reed Castle, le domaine du cousin, Tarek l’illuminé. Une odeur d’encens filtre. De l’huile de coquelicot dans un grand pot de terre. Autour, cinq cônes fumants et dix échardes de rosier. Une fois la porte ouverte, un grand coup de vent éteint les flammes des bougies. Les filles referment vite la porte derrière elles, Goran n’aura qu’à la rouvrir. Mais plus aucune lumière dehors, impossible pour le père d’avancer seul dans le noir. Avant d’entrer à son tour, Goran cherche la fonction torche de son smartphone et ses doigts ouvrent par erreur son agenda. « Tu crois qu’elle est morte ? » La question trouve soudain une réponse. Rouge. 

C’était hier le jour de la libération de Tifène. Il a raté le rendez-vous nocturne. Oublier tue. Il ne voit plus rien, le téléphone se met en veille. Les jambes de Goran ne le soutiennent plus. Il rejoint le goudron. Ses doigts caressent la route. Pris de tremblements, il rampe pour aller tambouriner avec son téléphone contre la paroi métallique de la caravane. SOS. En appui sur son coude gauche, il arrive à se relever. Asma sort avec la petite dans les bras. Goran s’écroule de nouveau, de façon définitive. Elles reculent. La nuit est calme, la porte de Reed Castle reste entrouverte dans une odeur de santal. Asma est un animal à sang-froid, si maigre qu’elle parvient difficilement à supporter le poids d’Emily avec ses grands gestes en direction du corps. 

– Arrête de bouger, Emily, tu vas nous faire tomber.

– Oui, mais regarde papa, tu crois qu’il est mort ?

Asma tient debout. Elle va supporter. Tout supporter, c’est sa came. Bricoler un destin avec les infortunes pour avoir une conscience, pour transmettre une éducation à Emily. La route nerveuse des sentiments de la petite, calquée auparavant sur celle de son père, est en pleine réfection. Emily acquiert par paliers brutaux le recul et le bon sens d’Asma. L’enfant du campement, elle veut grandir, aller le plus loin possible. Les morts pour rien, c’est juste des obstacles, des haies à sauter avec endurance et discipline. Le noir accroche mieux la lumière. 

L’histoire s’accélère. Ambitieuse pour survivre, Emily travaille dur sous la férule d’Asma. Elle se marie avec un commercial de haut-vol. Dès leur deuxième année de vie commune, il se prend une balle en pleine poitrine. Un recouvrement de dettes qui a mal tourné. Elle hérite de sa fortune et travaille dur pour réaliser son rêve de gamine gavée de téléfilms policiers : devenir médecin légiste. L’étudiante a décidé de surveiller le royaume des morts, encore plus impénétrable que celui des vivants. Autre folie, autre démesure. Quand on prend la main d’un vivant, elle réchauffe. Mais la main d’un mort est plus lisse, plus douce.  

Puis l’histoire se bloque. Le dernier jour vient toujours comme un voleur. Il arrive pour Emily, quand ressurgit sa voix intérieure. Elle s’entend murmurer, comme quand elle était petite : « Est-ce que moi, je suis moi ? On va voir ça ». Emily se dit : « Et si j’allais faire un tour dans mes viscères thoraciques et abdominales, avec mon scalpel ? Voir tissus et organes à l’intérieur. A l’endroit de la petite voix qui traverse tout le monde. Voir en moi-même. Je me découpe la peau. Incision en Y, ça s’ouvre bien. C’est bizarre, je vois tout et je ne sens rien. Je suis morte ou quoi ? »

Fin du cauchemar. Paris. Hôpital de la Pitié Salpêtrière. Unité d’hospitalisation nord, service chirurgie thoracique. Emily, belle jeune fille rom de quatorze ans, un peu ronde et comateuse, se réveille en sursaut dans la chambre 429. Corps quasi indolore, seuls ses pieds la démangent. Elle entend un brouhaha d’actualités à la télévision, avec des sirènes de camions de pompiers et d’ambulances. Ses cicatrices sur les jambes tirent un peu, elle a du mal à se redresser. Assis sur un grand fauteuil noir, Goran le Serbe, son père, grand corps noueux enveloppé dans un blouson kaki, lui prend la main : 

– Ma chérie, ça va ? Tu as dormi deux jours, on est dimanche.

La librairie Arborescence de Massy

Une jeune librairie qui vaut le détour :

Pour acheter des livres.

Pour l’équipe autour d’Elise Guillaume.

Pour faire le potager.

Adresse : 62 rue Gabriel Péri 91300 Massy

Pour aller lire juste à côté, sur la terrasse de la Brasserie du centre (je vous recommande un verre de vinho verde ou un demi de Superbock + délicieuses spécialités portugaises fait-maison. Grillades au feu de bois. Une assiette pour 2 suffit largement).

Vanessa Kientz

translation of a short story of Katherine Mansfield, « The Stranger », Les meilleures nouvelles de Katherine Mansfield, éditions Rue Saint-Ambroise, 2019

non fiction proofreading, Se souvenir de l’avenir avec Louis Massignon, Jacques Keryell, le livre actualité, 2019

poem in a literary review, le cafard hérétique Hors-série #3, 2019

novel incipit in a literary review, Au bord de l’autoroute, revue WIP. Littérature sans filtre n°2, juin 2018, co-édition Karthala/les amis du Pitch Me

short story in literary review « rivage noir« , revue Rue Saint-Ambroise n°41, 2018

nouvelle « la réponse est rouge », revue Le cafard hérétique n°11, 2018

non fiction proofreading, De l’art des mots au goût de Dieu, Jacques Keryell, Chemins de dialogue, 2018

novel proofreading, Tanirt, Mika Kanane, 2018

French translation in a social science review, « Comparative, transnational, interdisciplinary History : Analytic Concepts of the Exhibition « Paris-London. Music Migrations. 1962-1989 », Martin Evans, revue Hommes et Migrations 19/2 (n°1325)

French translation in a social science review, « Colin MacInnes (1914-1976), emblème de la culture rétro, de Lucy Robinson, revue Hommes et Migrations 19/3 (n°1326)

short story, « paralelnì polis », Attends, ça vient, éditions du Quartier, 2017

creative writing workshop in Paris, Ateliers du Quartier, 2016-2017

novel Prof à plein temps !, éditions Butterfly, 2016

poems and short stories, Rien à voir, éditions Butterfly, 2016

reading sessions, soirées Work In Progress du Pitch Me, 2015

musical poetry show, « La pharmacie », collectif Recidiva, festival Château de Buno, 2015

musical poetry podcast, « Tout seul », podcast audioblog Arte, 2013

novel proofreading, Les vents déchaînés, Augustin Tabo, Edilivres 2012

translation proofreading, Les enfants de cornacs, Peter Hoeg, traduit par Anne-Charlotte Struve, Actes Sud, 2011

non fiction proofreading, Les roms, dignité et accueil, Questions Contemporaines, Philippe Goossens, L’Harmattan, 2011

non fiction proofreading, Mary Kahil, une grande dame d’Égypte, Geuthner, 2010

non fiction proofreading, Afîf Osseïrane, un chemin de vie, Jacques Keryell, Cerf, 2009

non fiction editing, Les Hussards perdus de la République, l’échec de la droite libérale, Philippe Benassaya, François Bourin éditeur, 2007

education article, « enseigner la paix », revue L’école des lettres, mars 2007

literary article « lecture cursive des romans d’Agnès Desarthe », revue L’école des lettres, août 2006

literary award jury, Prix Jean Follain de la ville de Saint-Lô, 2002

nonfiction proofreading, Louis Massignon et ses contemporains, Jacques Keryell, éditions Karthala, 1997

poetic show, soirée Fernando Pessoa, Caen, 1995

not applicable break, soirées banalystes, Caen, 1994