Les éditions du Quartier montent sur une scène de musiques actuelles le 12 juin

 

Affiche

Concert-lecture FLAUTAS EN FIESTA

Bar à vins et à livres 

Concert-lecture le 12 juin à Paul B., Massy

mardi 12 juin 20h-23h

Salle Club de l’espace Paul B.

(RER B Massy-Verrières)

Des extraits du recueil de nouvelles Attends ça vient, éditions du Quartier, seront lus au fil d’un concert de flûtes éclectiques :

Roger Bourdin Flute Orchestra, direction musicale : Bernard Wystraete.

Flûtistes : François Ducasse, Marc Zuili, Jean-Marc Goujon, Marianne Spanganssen-Bitran, Caroline Nguyen, Nicolas Valette.

Coeur de flûtes de Massy, direction musicale : Frédéric Colledani.

Auteurs : Mélanie Capogna, Chantal Glasman, Sophie Godino, Vanessa Kientz, Agnès Koehler, Kevin Le Goff, Claire Loiseau, Laura Paoletti, Tatiana Tolstoff.

Entrée : 12 €

(gratuit pour les moins de 18 ans)

Éditions du Quartier

Découvrez les dix histoires courtes Attends, ça vient, publiées aux éditions du Quartier. Neuf auteurs les ont écrites autour d’une table de café. 

Angel Lucero, de Mélanie Capogna

Angel Lucero. Voilà comment les gens m’appellent. Voilà qui je suis, du moins j’ai réussi à m’en persuader avec le temps. À présent, je ne suis plus sûr de rien. Cette ville m’a dépossédé de mon âme.

Chaque soir, après avoir fermé ma boutique de cigares, sur la Cinquième avenue, je me précipite vers le métro le plus proche afin de rejoindre le plus rapidement possible mon cocon familial.

Tanger 07, de Claire Loiseau

Rien à déclarer. Lola passe de l’autre côté de la porte vitrée. Elle sait que quelqu’un l’attend. Elle voit très vite une feuille avec son nom écrit en lettres majuscules. Ce n’est pas lui. L’homme lui sourit. Il se présente : Malik. Un homme brun aux yeux noirs perçants, musclé, pas très grand, qui affiche un air bienveillant. Il attrape sa valise rouge, elle le suit.

Le tumulte, de Sophie Godino

Elle m’avait posé une question. Je ne répondais pas. Elle était assise en face de moi, sur le vieux canapé usé jusqu’à la trame que sa mère avait eu la bonté d’âme de nous donner, et qu’elle n’avait pas su refuser.

Je voyais bien qu’elle se tordait les mains, qu’elle faisait des gestes pour m’expliquer. Elle parlait, elle pleurait, mais je ne l’entendais plus. Il me restait assez de forces pour respirer, c’était tout.

Je me sentais comme en visite dans ma vie. J’écoutais le ressac de l’air dans mes poumons. Mes pensées tournaient fixement autour de la locomotion de mon corps.

La ballade du cabinet médical, de Kevin Le Goff

Je m’étais endormi. De temps à autre, il arrive que je m’allonge quelques brefs instants et que je ferme les yeux, sur mon lieu de travail. Je bosse dans un cabinet médical, c’est moi qui réponds au téléphone. Un genre de secrétaire, donc. C’est vrai que je sécrète beaucoup. Parfois, lorsque sonne l’heure de la pause, au lieu de me précipiter vers la boulange la plus proche pour me choper un sandwich, je débusque un bureau vacant pour y piquer un bref somme. Bien souvent, celui de la psychiatre est libre. On dort très bien sur un canapé de psy. On peut y avoir envie de tuer ou baiser sa mère en toute quiétude.

Funambules, de Tatiana Tolstoff

Ses gestes manquent encore d’assurance, mais l’exercice est périlleux. Les talons de ses pieds retombent sur le lien tendu. Elle avance. Funambule sur le rien. Seule dans l’ombre. Elle suit une colonie d’étoiles.

Elle suspend ses idées, c’est pour plus tard. Futilité ! « Il faut s’occuper de l’essentiel ! » répétait sans cesse sa grand- mère. Facile à dire. Elles ont toujours jalousé cette femme. Tout s’était organisé autour d’elle de façon si naturelle.

Mille quatre vingt quinze, de Laura Paoletti

Anne vient de commander son café allongé.

En allant s’asseoir, elle a remarqué tout de suite le changement de décor de la dernière table, celle au fond, la ronde ; celle qui reste tout le temps vide, à part pour les grandes occasions, comme le lui avait dit Jean Pierre une fois.

Même, si depuis qu’elle vient dans ce café, 1095 jours précisément, elle n’a jamais été présente à l’une des ces grandes occasions.

Pourtant elle en a vu des choses depuis.

Par exemple, elle était présente le jour où Marine, la fille du patron, avait perdu les eaux en plein milieu de la salle, ça a même été elle qui avait appelé l’ambulance.

Journal de ma main, de Chantal Glasman

Quinze jours que je me suis brisé, cassé, fracassé, fracturé le poignet droit !

Ma main était à l’envers. Je ne pouvais pas voir ça et j’hurlais de douleur. J’ai ri aussi. En me souvenant d’un film d’horreur de la famille Adams où tous les personnages ont leurs membres dans tous les sens.

Pourquoi, comment, que s’est-il passé ? Une seconde fulgurante où j’ai perdu le contrôle, comme un vertige, où tout mon corps s’est précipité vers mon poignet qui n’a pu recevoir tout ce poids sans se briser ! Colère, je suis colère, vexée horriblement vexée !

La course du loup à travers la plaine, d’Agnès Koehler

On ne pouvait évoquer de lui, ce qui appartenait au noir, ce qui appartenait au blanc, la douceur de ses traits, la profondeur de son regard.

Il était en tout, imprévisible.

Les yeux jaunes captaient toute l’attention et regardaient Victoria tout entière sans que cela lui paraisse visible.

Alina est entrée. Elle a lancé un bonjour tout en marchant, se délestant de ses habits, ne laissant sur sa peau qu’un morceau de cuir recouvrant à peine sa poitrine. Elle s’est défait de tout ce qui la protégeait du froid, du grand froid de l’hiver, retrouvant sa grâce d’Indienne presque nue, ses colliers d’argent et ses plumes accrochées aux oreilles. Aël s’est consumé de soulagement.

Bitcoin Coffee, Vanessa Kientz

Teo regardait un peu vers la droite et Natacha se plaça de façon à se trouver dans son champ de vision. Juste pour voir si elle aurait l’impression d’un échange possible. Et bien oui, elle sentit qu’il la regardait vraiment. Là au fond de sa pupille, on voyait ce regard perdu des poupées hyperréalistes.

C’était une œuvre d’art, pas une simple performance technique. Une certaine ferveur émanait de l’apparence de Teo, son corps musclé et poilu dégageait une énergie vivante, au-delà de sa personnalité singulière et de ses frasques. Univers silencieux de la contemplation pure, la présence de Teo modifiait l’atmosphère de l’arrière-cuisine. Les clients du bar intéressaient moins Natacha mais elle rejoignit le comptoir.

La fille dans la paille, Laura Paoletti

Une paille, c’est un peu comme une faille.

Une brèche en vérité. Un tube, un tuyau, un long orifice.

De qu’elle rentre en ta possession, même s’il faudrait bien établir qui possède qui, dans une telle figure fusionnelle, elle imprime tes humeurs : la salive va se coller aux parois en plastique de l’engin, les cellules mortes de la peau s’y accrochent.

Les auteurs de la revue WIP. Littérature sans filtre n°1, Karthala

 

Les auteurs de la revue WIP.Littérature sans filtre n°1, Karthala